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VIDEO. Pas-de-Calais: Enquête souterraine sur le fiasco des chars de combat lors de la Première Guerre mondiale

JOURNEES DE L’ARCHEOLOGIE Des archéologues britanniques et australiens recherchent les vestiges des premiers chars de combat (mal) utilisés durant la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale a-t-elle encore des secrets à livrer ? Une équipe d’archéologues britanniques et australiens en est persuadée. Depuis deux ans, ils sont une vingtaine à venir, à intervalles réguliers, fouiller un ancien champ de bataille près d’Arras, dans le Pas-de-Calais.

A l’occasion des Journées nationales de l’archéologie, 20 Minutes vous dévoile les coulisses de ce projet soutenu par la direction régionale des affaires culturelles (Drac).

Echec sanglant

L’opération, menée par Richard Osgood, archéologue en chef au ministère de la Défense britannique, a pour objectif de mieux comprendre le rôle qu’ont pu jouer les chars de combat lors d’une de leurs premières utilisations stratégiques.

Un des chars utilisés par les Britanniques lors de la bataille de Bullecourt, près d'Arras, dans le Pas-de-Calais, en avril 1917.
Un des chars utilisés par les Britanniques lors de la bataille de Bullecourt, près d’Arras, dans le Pas-de-Calais, en avril 1917. – AWM P12411.001

Si aujourd’hui, les historiens s’accordent à dire que les chars ont constitué une arme décisive durant la guerre 14-18, les avis étaient bien différents chez les soldats en avril 1917, après l’échec sanglant de la bataille de Bullecourt, à quelques kilomètres d’Arras.

Le 11 avril 1917, l’état-major britannique décide d’expérimenter une nouvelle tactique. « Pour la première fois, les Alliés tentent d’utiliser des chars pour briser les lignes de défense ennemies », explique Richard Osgood. Douze chars doivent épauler l’attaque de l’infanterie australienne. L’expérience tourne au désastre. Des témoignages parlent même de tanks tirant sur leur propre ligne.

La perte de 3.000 hommes en six heures de combat

Pour l’archéologue britannique, dont le grand père a combattu pour l’armée australienne en 14-18, « il existe un intérêt historique évident à retrouver ces chars dont l’utilisation avait soulevé une importante controverse après cette bataille. Les soldats australiens avaient perdu 3.000 hommes en six heures de combat ».

Lors des deux premières opérations de fouilles, les restes d’un premier char, pulvérisé par un obus, ont été découverts. Mais ces recherches se heurtent aussi à une autre réalité archéologique : la découverte de cadavres. Trois corps de soldats allemands ont ainsi été exhumés sur la même zone.

Le crâne d'un soldat allemand retrouvé sur le champ de bataille à Bullecourt, près d'Arras, et une reconstitution du visage.
Le crâne d’un soldat allemand retrouvé sur le champ de bataille à Bullecourt, près d’Arras, et une reconstitution du visage. – Liverpool John Moores University

Pour l’un d’eux, « le bas des jambes et les avant-bras étaient absents, indiquant peut-être une mort lors d’une explosion », souligne le rapport des fouilles que 20 Minutes a pu consulter.

Entre 3.000 et 4.000 corps ensevelis

Il est vrai qu’en un siècle, le site n’avait jamais été fouillé. Jusqu’alors, les découvertes de reliques de guerre ou de restes humains étaient le fruit du hasard lors de travaux dans les champs ou, parfois, de recherches au détecteur de métaux. De nombreux éléments de chars avaient ainsi déjà été récupérés, dont une tourelle et une chenille.

Or, il reste entre 3.000 et 4.000 corps ensevelis sous les 4 km2 de ce champ de bataille artésien. Et on soupçonne la présence de plusieurs fosses communes, comme celles découvertes à Fromelles, dans le Nord, en 2008.

Dans ce vaste cimetière, où un projet de construction d’éoliennes avait capoté l’an dernier face à la mobilisation des Australiens, le travail des archéologues reste titanesque. Ce ne sont pas moins de huit chars qui restent à localiser. Et autant de petites histoires à retracer pour comprendre la grande.