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VIDEO. Le Dossier Médical Partagé: Quatre mois après la généralisation, les défis restent immenses

PRATIQUE Le Dossier Médical Partagé, carnet de santé numérique, est accessible à tous mais malgré un grand nombre d’ouverture de DMP, peu semblent correctement nourris

Une bien belle idée… sur le papier. Depuis quatre mois, le Dossier médical partagé, ce carnet de santé numérique est ouvert à tous les Français. Et certains s’en sont déjà emparés. Assez ? Difficile à dire, en tout cas, si l’on en croit les retours de nos internautes, il y a encore du chemin avant que praticiens et patients adoptent ce nouvel outil. Alors que des millions d’euros ont été investis depuis plus de quatorze ans dans ce fameux DMP vu par certains comme une bonne façon de faire des économies, le démarrage se revèle un peu compliqué. Le DMP va-t-il se fracasser contre la frilosité de certains patients et le manque de temps et d’enthousiasme de certains praticiens ?

4,3 millions de DMP ouverts

Petit rappel rapide : le DMP, c’est ce carnet de santé numérique qui vous permet de sauvegarder tout votre historique santé : groupe sanguin, allergies, traitements… Selon l’Assurance Maladie, on a franchi en ce début mars la barre des 4,3 millions de DMP créés. « C’est un peu tôt pour avoir un retour d’expérience ferme, nuance Julien Canqueteau, chargé de mission à l’ Assurance Maladie. On n’est qu’aux prémisses de l’adoption du DMP par les usagers. Mais la mayonnaise est en train de prendre : on a atteint nos objectifs 2018 d’arriver à plus de 3.5 millions de DMP créés. » Mais passé le premier souffle des convaincus, la CPAM arrivera-t-elle à atteindre 10 millions de DMP ouverts fin 2019 ?

Une coquille vide ?

Un des défis, c’est de convaincre les professionnels de santé, un poil occupés vous l’aurez noté, de nourrir ce DMP. Voilà d’ailleurs pourquoi dans cette version finale du DMP, le médecin peut le remplir, mais aussi le patient. Et l’Assurance Maladie s’est engagée à verser dans chaque DMP ouvert l’historique des deux dernières années des médicaments et consultations remboursés. Philippe, un de nos internautes, ne cache pas son enthousiasme… rapidement douché. Après avoir ouvert son DMP, « j’y ai scanné et stocké des documents médicaux récents, il est amendé par l’assurance maladie, mais c’est tout ! Et j’en suis déçu. Mon médecin ne possède pas de matériel informatique au cabinet, mon laboratoire d’analyse biologiques que j’ai questionné n’y remonte pas les résultats. J’en fais de la propagande auprès de ma famille, mais je suis déçu de voir le peu d’engouement des professionnels, mais pas seulement, beaucoup de particuliers ne connaissent pas son existence. »

Une critique de Julien Canqueteau entend : « Ce sont majoritairement les pharmacies et les caisses d’Assurance maladie qui ouvrent ces DMP ces dernières semaines. Certains usagers ne savent pas qu’ils peuvent l’ouvrir eux-mêmes sur le site dmp.fr, donc on doit rééditer la campagne d’information. »

Autre problème : ce DMP était censé faire gagner du temps aux soignants comme aux soignés. A condition qu’il rentre dans les mœurs et visiblement il y a encore du travail… Coco a créé son DMP, mais aussi celui de sa mère en cas de pépin. Début janvier, sa mère se fracture le bras, et elle découvre alors que ce précieux sésame n’a pas vraiment l’utilité prévue. « Hospitalisation pendant une semaine, puis maison de convalescence pendant six semaines et finalement entrée en EHPAD la semaine dernière. Donc, trois entrées dans trois établissements différents en deux mois. On a bien dû me poser au moins quinze fois cette question : quel est le médecin traitant de votre Maman ? Un jour le médecin de la maison de convalescence me dit : « il faut que je vous parle, je crois que votre mère a des problèmes de mémoires ». En effet, ces troubles ont été diagnostiqué depuis quatre ans. Je regarde son DMP ce soir : aucun compte-rendu, pas de synthèse, aucune preuve des examens, radios ou des soins pendant ces deux mois. »

A la CPAM, on reconnaît que la frilosité des praticiens reste un enjeu de taille. « Avoir 10 millions de DMP créés sans données alimentées par les professionnels de santé, ça va assez vite sonner creux, admet Julien Canqueteau. Donc on accompagne les Ehpad, les cabinets de radiologie et les laboratoires d’analyses biologiques de ville pour qu’ils puissent alimenter le DMP afin que rapidement, en plus des actes remboursés, on puisse avoir beaucoup de contenus. »

Manque d’accompagnement des soignants

Pour Brigitte, les praticiens ne manquent pas seulement d’enthousiasme mais aussi d’équipement et de formation. « Lors d’analyses au laboratoire, je m’attendais à trouver les résultats dans mon DMP. Mais pas du tout : la secrétaire ne sait même pas comment ça fonctionne. Idem lors de radiographies et de consultations de spécialistes. Aucun praticien ne nourrit le DMP ! Quelque peu étonnée, je demande des explications à mon médecin traitant, et sa réponse est catégorique : le DMP coûte très cher à la Sécurité Sociale mais n’est pas utilisable par les médecins. Le logiciel qu’ils utilisent n’est pas compatible et il leur faudrait ressaisir toutes les données. Sans la consultation et l’aval des praticiens, nous allons une fois de plus dans le mur et à quel prix ! »

Alors, est-ce que la généralisation du DMP s’est trop vite ou en tout cas avant que les praticiens ne soient correctement préparés ? « Il existe 160 logiciels qui proposent une solution DMP compatible, ce qui couvre 69 % des équipements, nuance Julien Canqueteau de la CPAM. On a également un site internet qui permet de se connecter au DMP, pour ceux qui attendent que leurs éditeurs s’homologuent. »

Mais pour Brigitte, cette vaste opération risque de coûter très cher pour peu d’efficacité… « Les seuls bénéficiaires de cette opération sont les pharmaciens qui perçoivent, de la Sécu 1 euro pour chaque DMP ouvert. Le DMP dont on parle depuis 2004 n’est donc pas opérationnel quoi qu’en dise la ministre de la santé. D’autres pays ont réussi, pourquoi pas nous ? »

« On se rend compte qu’il y a besoin de beaucoup d’accompagnements, les médecins connaissent très peu l’outil et ce qu’il peut faire, admet Julien Canqueteau de la CPAM. Nous allons intensifier les campagnes auprès des professionnels de santé pour les accompagner. Nous les accompagnons déjà financièrement pour la mise à jour d’un logiciel compatible avec le DMP. Mais il faut aussi leur proposer un accompagnement de proximité, à la création du volet de synthèse médicale par exemple. »

Quelles évolutions ?

Mais au-delà des actions de pédagogie, l’outil, que nous avons testé, n’est pas d’une simplicité folle. « Le DMP n’est pas statique, il va et il doit évoluer pour répondre aux besoins des patients et des professionnels », assure Julien Canqueteau. Pour Bruno, un de nos internautes, l’accès et lisibilité pourraient être facilités. « Il est regrettable que l’identifiant ne soit pas mémorisable par les gestionnaires de password. Les renseignements de la CPAM sont de plus très fouillis : ni classement, ni hiérarchie des données. » Deux critiques qui sont visiblement remontées aux oreilles de la CPAM. Puisqu’elle prévoit d’une part de simplifier l’accès en enregistrant l’identifiant dans l’application mobile, pour que l’utilisateur n’ait plus qu’à mémoriser son mot de passe pour la fin avril. « Nous sommes en train de mener des ateliers de façon à proposer cet été une nouvelle appli mobile plus ergonomique et en adéquation avec les envies des utilisateurs », ajoute le chargé de mission de la CPAM. Qui annonce que le site et l’application mobile pourront intégrer les directives anticipées fin avril.

Autre besoin identifié :« Une des grosses demandes, c’est de pouvoir inclure le carnet de vaccination dans le DMP. On l’avait annoncé pour 2020, mais nous avons commencé le travail et on espère pouvoir le proposer avant la fin 2019 », annonce en exclusivité la CPAM à 20 Minutes. Enfin, pour encourager les professionnels de santé à s’emparer de cette nouveauté, une expérimentation sera menée dans une dizaine d’établissements de santé en France où les soignants pourront consulter les DPM sans leur carte de professionnel de santé (CPS), aujourd’hui obligatoire alors qu’en établissement de santé, cette CPS reste peu déployée et peu utilisée.