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VIDEO. Japon: Le combat #KuToo continue contre l’obligation de porter des talons hauts au travail

JAPON 60 % des femmes japonaises disent avoir été visées ou témoins de l’obligation de porter des talons hauts sur leur lieu de travail

« Pourquoi les femmes doivent-elles souffrir et maltraiter leurs pieds au travail alors que les hommes peuvent porter les chaussures qu’ils veulent ? » Nombreuses sont les femmes qui se posent la question dans le monde entier. Parfois, elles le font à haute voix, comme Romane Bohringer, qui a publié sur Instagram une photo de son pied gauche meurtri après la montée des marches au Festival de Cannes. Au Japon, la question était rarement évoquée publiquement, alors que selon un sondage du site Business Insider Japan, 60 % des femmes disent avoir été visées ou témoins de l’obligation de porter des talons hauts sur leur lieu de travail.

Depuis février, pourtant, elle est de moins en moins taboue. A l’initiative de l’actrice Yumi Ishikawa, un mouvement de protestation a vu le jour contre cette situation vécue comme une injustice. La jeune femme, qui a été parmi les premières au Japon à tweeter avec le mot-dièse #MeToo, s’attirant insultes et menaces en ligne, dit avoir pris conscience de ce problème sur son lieu de travail à temps partiel dans une entreprise de pompes funèbres, où le « dress code » exige des femmes qu’elles portent des talons hauts.

« Nécessaire et approprié », selon le ministre du Travail

Après avoir partagé son incrédulité sur Twitter, et obtenu des dizaines de milliers de retweets, elle a créé le hashtag #KuToo. Comme #MeToo, qui a servi à rapprocher les victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles dans le monde entier, #KuToo, un jeu sur les mots japonais « kutsu » (chaussure) et « kutsuu » (douleur), veut dénoncer cette injustice, et interpeller sur les problèmes de santé que peut poser le port quotidien de talons. D’après un sondage réalisé en mars auprès de 1.500 femmes, environ 80 % d’entre elles disent avoir des problèmes aux pieds ou aux jambes. Au-delà de Twitter, une pétition a aussi rassemblé plus de 18.000 signatures, et a été remise la semaine dernière au ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales.

Loin d’être refroidi par la réponse du ministre Takumi Nemoto (selon lequel cette obligation « est quelque chose qui est socialement accepté et qui tombe dans le domaine de ce qui est professionnellement nécessaire et approprié »), le mouvement #KuToo continue à prendre de l’ampleur. Les médias japonais se sont emparés du sujet et multiplient désormais les reportages, s’interrogeant parfois sur le bien-fondé de cette coutume professionnelle dénoncée comme une discrimination envers les femmes, alors que le rapport du Forum économique mondial sur la parité entre les genres classe le Japon à la 110e position sur 149 pays.

« Beaucoup d’entreprises se soucient peu de l’égalité hommes-femmes »

« La raison pour laquelle les femmes sont obligées à porter des talons, malgré la souffrance que cela provoque, est que ce sont des hommes qui occupent les postes hiérarchiques depuis des décennies et ont établi ces conventions sociales », déclare un responsable de l’Organisation internationale du travail à l’agence Kyodo. « Beaucoup d’entreprises japonaises, en l’absence de pression internationale, fonctionnent toujours selon des normes et des valeurs traditionnelles, sans développer de sensibilité à l’égalité hommes-femmes et à la diversité », estimait de son côté en avril Kumiko Nemoto, professeure de sociologie spécialiste des questions de genre dans l’entreprise, auprès de 20 Minutes.

« Ce n’est pas un mouvement contre les talons, précise Yumi Ishikawa à la chaîne Nippon TV, mais pour que les femmes aient, comme les hommes, le droit de choisir les chaussures qu’elles portent ». Pour continuer à se faire entendre, le mouvement organise également des actions médiatiques, invitant par exemple des hommes à se mettre dans la peau des femmes… en chaussant des talons hauts pour quelques minutes.