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VIDEO. Brexit: A Boulogne-sur-Mer, les pêcheurs espèrent éviter la bataille navale avec les Anglais

ECONOMIE Si aucun accord n’est trouvé entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, les conséquences du Brexit pourraient être catastrophiques pour le premier port de pêche français

Avec la tempête qui a sévi dimanche dans la Manche, la plupart des bateaux de pêche sont restés à quai au port de Boulogne-sur-Mer, lundi. Mais dans le premier port de pêche français, tout le monde se refuse d’y voir comme un signe annonciateur de l’après- Brexit.

Alors que les députés britanniques vont voter ce mardi pour ou contre le projet d’accord avec l’Union européenne, la date fatidique se rapproche. Si aucun accord ou report n’est trouvé, le Royaume-Uni quittera définitivement l’Europe le 29 mars. Avec de grosses conséquences pour le premier port de pêche français.

Les eaux anglaises pourraient être interdites aux bateaux français

« Tout le monde se pose des questions ici. On est dans l’indécision complète. Dans les Hauts-de-France, la pêche dans les eaux anglaises représente 75 % de nos apports. Si aucun accord n’est trouvé, on peut se retrouver totalement exclu de cette zone. Ce serait une catastrophe », s’inquiète Stéphane Pinto, vice-président du comité régional des pêches maritimes des Hauts-de-France.

Situées à seulement 35 kilomètres du port boulonnais, l’Angleterre et ses eaux attirent depuis longtemps pêcheurs français mais aussi néerlandais et belges attirés par les encornets, rougets barbets ou encore seiches et merlans qui y pullulent.

La pêche emploie 5.000 personnes à Boulogne

Les pêcheurs des Hauts-de-France y trouvent par exemple 75 % de leurs poissons. Quant aux Bretons, plus de 40 % de leur pêche provient des eaux de la perfide Albion. Si du jour au lendemain, le Royaume-Uni les interdit aux pêcheurs étrangers, la zone de pêche va considérablement se réduire et conduire à d’inévitables pertes économiques.

Pourtant, quand on discute avec les acteurs du port nordiste, ce scénario du pire n’y est absolument pas envisagé. Le premier port de pêche français, où transitent 21.000 tonnes de poisson chaque année, emploie près de 5.000 personnes.

Une quarantaine de bateaux de pêche sont amarrés au port de Boulogne
Une quarantaine de bateaux de pêche sont amarrés au port de Boulogne – F.Launay/20 Minutes

L’optimisme reste de mise chez les acteurs du port

Si beaucoup d’entreprises du secteur se demandent encore « à quelle sauce, on va être mangé », la plupart restent optimistes. Président de la société Sofipêche, qui emploie une centaine de personnes, Jacques Wattez fait partie des acteurs importants du port. Et malgré les nuages venus d’Angleterre, il reste optimiste.

Le port de Boulogne emploie 5.000 personnes
Le port de Boulogne emploie 5.000 personnes – F.Launay/20 Minutes

« Si le Brexit passe sans accord, il va y avoir une disparition d’une grande partie de la pêche européenne. Que ce soit les Français, les Hollandais, les Irlandais, les Danois et même les Espagnols, tout le monde pêche dans ces zones. Ça concerne énormément de monde et ça représente 550 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Ce n’est pas rien. Quant aux Anglais, ils vont devoir aussi vendre leurs poissons. On ne peut pas prendre ça à la légère. Je pense donc qu’il va forcément y avoir un arrangement », estime l’ancien patron du club de foot de Boulogne.

« Ce n’est pas l’Europe qui nous a permis de travailler dans les eaux anglaises »

Comme lui, ils sont nombreux à penser que le bon sens finira par l’emporter. Pêcheur depuis 27 ans à Boulogne, Alexis Hagneré s’en va toutes les semaines avec son bateau dans les eaux anglaises. Pourtant, il ne semble pas plus préoccupé que ça.

Alexis Haigneré devant son bateau de pêche
Alexis Haigneré devant son bateau de pêche – F.Launay/20 Minutes

« Ce n’est pas l’Europe qui nous a permis de travailler dans les eaux anglaises. Mon père le faisait déjà il y a plusieurs dizaines d’années. On a toujours eu le droit d’aller là-bas. Je ne vois donc pas où est le problème. Par exemple, la Norvège ne fait pas partie de l’UE et des bateaux étrangers y pêchent. Pour moi, il n’y aura pas de problème sauf si les hommes politiques s’en mêlent, nous défendent mal et délaissent la pêche », lâche un artisan pêcheur remonté contre l’Union européenne.

La catastrophe européenne a déjà eu lieu pour les pêcheurs français

Car pour lui comme pour la majorité des 200 pêcheurs français du coin, la catastrophe européenne s’est déjà produite. Elle remonte au début des années 2000 avec l’arrivée massive de bateaux néerlandais dans le port de Boulogne.

« A l’époque, il y a eu des interdictions de pêche en mer du Nord et des baisses de quota. Du coup, leur flottille s’est déplacée et est venue s’installer à Boulogne où ils ont trouvé des espèces sans quota comme l’encornet ou le rouget-barbet. Aujourd’hui, on a 20 bateaux néerlandais et 20 bateaux français alors qu’il y avait 40 bateaux français il y a encore vingt ans. Ici, on paye déjà la politique européenne commune des pêches mal gérées », assure Alexis Hagneré.

Alors Brexit dur ou pas, les pêcheurs boulonnais semblent déjà vaccinés contre les désillusions. Sans doute le meilleur moyen de se prémunir contre une catastrophe à laquelle tout le monde ou presque se refuse encore à envisager.