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Seconde Guerre mondiale: Pourquoi le massacre d’Ascq en 1944 n’est pas (ou peu) enseigné à l’école?

HISTOIRE A quelques jours des célébrations du 75e anniversaire du massacre d’Ascq, enseignants et historiens ont consacré une journée d’études à cet événement historique méconnu du grand public

C’est un épisode quasiment oublié de notre Histoire. Pourtant, on va célébrer, dimanche, le 75e anniversaire du massacre d’Ascq, près de Lille, dans le Nord. Dans la nuit du 1er au 2 avril 1944, 86 civils étaient exécutés, en représailles d’un acte de sabotage, par une division des Waffen-SS, dans cette commune devenue aujourd’hui Villeneuve-d’Ascq.

Or, cet événement historique reste encore largement méconnu, y compris dans la métropole lilloise faute d’être enseigné dans les écoles nordistes. « Oradour-sur-Glanetend à résumer tous les massacres qui ont eu lieu en 44. Et encore, aucun manuel scolaire ne fait aujourd’hui référence à ce massacre », explique Stéphane Henry, inspecteur académique référent Mémoire et Citoyenneté, dans le Nord.

« La mémoire a occulté les massacres de civils »

« La mémoire, qu’il ne faut pas confondre avec l’Histoire, a occulté les massacres de civils pour différentes raisons, notamment parce que, dans notre imaginaire collectif, le camp de concentration est devenu central dans la compréhension du système répressif nazi », note Stéphane Henry.

La place d'Ascq, le jour de l'enterrement des 86 massacrés, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.
La place d’Ascq, le jour de l’enterrement des 86 massacrés, dans la nuit du 1er au 2 avril 1944. – Société historique de Villeneuve d’Ascq

Une journée d’études était organisée, ce mercredi, à l’Ecole supérieur du professorat (ESPE) du Nord pour inciter les professeurs à inscrire le massacre d’Ascq dans le programme d’Histoire.

« Avoir recours à un exemple local peut motiver les élèves, poursuit Stéphane Henry. Par le biais de cet épisode on peut évoquer plus globalement l’Occupation, la Résistance, la presse clandestine ou encore les procès d’après-guerre. »

Une lettre au Président Emmanuel Macron

Au collège Triolo de Villeneuve-d’Ascq, la prof d’histoire, Magali Cochez, évoque chaque année cet épisode historique à ses élèves de 3e. « Quasiment tous les deux ans, nous organisons aussi une visite au Mémorial Ascq 1944 », souligne l’enseignante. Mais les enseignants sont encore rares à engager une telle démarche. Et les groupes scolaires restent peu nombreux à fréquenter le mémorial villeneuvois.

« On essaie de rendre le lieu plus accessible pour les jeunes en jumelant les visites avec le musée du Terroir, raconte Stéphanie Sanchez, directrice du Mémorial. L’idée, c’est de faire découvrir en même temps que le massacre la façon dont on vivait sous l’Occupation avec, par exemple, l’utilisation de la TSF pour comprendre comment on communiquait. »

Pour médiatiser le site, Magali Cochez a aussi eu l’idée de faire écrire une lettre au Président Emmanuel Macron pour l’inviter aux cérémonies qui auront lieu le 31 mars. « Pour l’instant, nous n’avons pas eu de retour », regrette-t-elle. La mairie de Villeneuve-d’Ascq, qui avait aussi lancé l’invitation, a reçu une réponse négative.