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Propos de Yann Moix: La sexualité des femmes de plus de 50 ans, objet de nombreuses idées reçues

CLICHES Pour Yann Moix, le corps des femmes de plus de 50 ans est « invisible », mais les quinquas et plus ont bel et bien une vie sexuelle…

« A 50 ans, je suis incapable d’aimer une femme de 50 ans. Je trouve ça trop vieux ». La délicatesse aux abonnés absents, Yann Moix s’est confié au magazine féminin Marie Claire, ajoutant que, sans le dégoûter, les corps des femmes de plus de 50 ans étaient à ses yeux « invisibles », qu’il préférait « le corps des femmes jeunes » parce que « le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout ». Des corps invisibles, voilà donc ce que deviendraient les femmes passée la cinquantaine ? Evidemment, l’écrivain polémiste, lui-même quinqua, n’en est pas à sa première provoc’, et un peu de buzz, fût-il bad, est toujours à prendre à quelques jours de la sortie de son nouveau livre, Rompre (éd. Grasset). Mais est-ce là un point de vue isolé ou représentatif de générations entières de quinquas vieux (pas) beaux attirés par la chair fraîche ? 20 Minutes explore les représentations de la sexualité des femmes de plus de 50 ans. Une vie intime objet d’interrogations, de fantasmes et de nombreuses idées reçues.

La sexualité reproductive, une idée « révolue »

C’est vrai, après 50 ans, le sein peut avoir allaité et être moins rebondi, le ventre peut afficher une tendre brioche et quelques vergetures, signes de grossesses passées ou d’une gourmandise de la vie et, après la ménopause, une femme ne pourra plus faire d’enfants. Mais n’est-elle réductible qu’à son corps et son statut de reproductrice ? La ménopause signe-t-elle la fin de sa « désirabilité », la fin de son propre désir et la fin de sa vie sexuelle ? « S’il arrive que la ménopause puisse avoir un impact délétère sur l’épanouissement sexuel des femmes, en entraînant des bouffées de chaleur, une baisse de libido et une sécheresse vaginale, des traitements efficaces et sûrs permettent de pallier ces désagréments, rappelle Michelle Boiron, psychologue clinicienne, thérapeute de couple et sexologue. Par ailleurs, on est sorti des schémas selon lesquels la sexualité était liée à la reproduction : elle est devenue une « relation sexuelle » de deux personnes qui cherchent à communiquer par le corps et le plaisir charnel. L’idée reçue selon laquelle le simple fait de ne plus être « reproductive » entraînait une perte d’attirance et d’excitation est révolue. On ne peut plus raisonner avec les codes d’antan et rester enfermé dans des clichés si réducteurs, condamne la sexologue. En revanche, il faut s’adapter à certains codes liés à l’âge, prévient-elle. Il est pernicieux de vouloir singer les codes de la jeunesse en transformant son apparence physique par un jeunisme sans limite ».

Aujourd’hui, « on porte sur les femmes quinquas le regard que l’on portait il y a quelques années sur les femmes de 40 ans, on les considère comme jeunes », observe la sociologue Janine Mossuz-Lavau, auteure de La vie sexuelle en France(éd. La Martinière) et directrice de recherches émérite CNRS et au Cevipof. Pour son ouvrage, la sociologue a réalisé une grande enquête et interrogé des Français.es « de tous âges, de tous milieux et de toutes orientations sexuelles, et les propos provocateurs de Yann Moix ne correspondent en rien à la réalité du discours tenu par les hommes que j’ai pu interviewer », insiste-t-elle.

« Il n’y a pas d’âge pour être épanoui.e ou frustré.e sexuellement »

Dans les faits, « presque toutes les quinquas travaillent, sont autonomes et indépendantes, expose la sociologue. Ce sont des femmes actives qui prennent soin d’elles, s’habillent, se maquillent, font des rencontres, ont une vie amoureuse et sexuelle ou cherchent à en avoir une : on n’est plus dans le portrait obsolète de la femme qui tient le foyer et s’occupe des enfants ». D’ailleurs Michelle Boiron le voit en consultations, « je reçois des femmes de 50 à 60 ans qui sont actives, accomplies, belles, curieuses et pleines de projets. Et elles ne renoncent pas à être vivantes, donc sexuées ».

L’épanouissement sexuel ne serait donc pas l’apanage des jeunes. « Il n’y a pas d’âge pour être épanoui.e ou frustré.e sexuellement, répond la sexologue. Je vois aussi bien des femmes et des hommes de 20 ans qui ne sont pas épanouis dans leur sexualité alors que d’autres de 50 ans et plus découvrent une sexualité plus libérée des contraintes et des tabous contraignants. Des femmes qui n’avaient jamais connu l’orgasme l’ont atteint tardivement après une thérapie, voyant ainsi leur libido rebondir. On sait qu’une vie sexuelle épanouie est tout à fait possible après la ménopause », assure Michelle Boiron.

En revanche, « les hommes d’un certain âge rêvent d’une certaine sexualité, mais leur corps ne suit pas forcément, tacle Charlotte*, la soixantaine et la sexualité épanouies, et qui a un avis bien tranché sur Yann Moix. Un homme qui ne veut que des femmes jeunes reste au niveau superficiel de la relation, cela traduit une volonté de domination. Mais la sexualité, ce n’est pas dominer, c’est jouer, or je doute que cet homme sache jouer. Il ne semble pas le savoir, mais l’amour se fout de l’âge et du corps ».

Des envies et des besoins sexuels revendiqués par les femmes

Après 50 ans, c’est précisément la période de leur vie à partir de laquelle des femmes vivent une sexualité plus épanouie que jamais. « Je suis restée mariée 28 ans et avec mon mari, nous avons toujours eu une harmonie sexuelle formidable, confie Charlotte. Mais si on devait schématiser, j’ai une sexualité considérée comme « masculine », avec une libido importante et une envie d’expérimenter, poursuit-elle. Mais je sentais que je ne pouvais pas tenter certaines choses avec lui, qu’il fallait s’en tenir « aux classiques ». Ce n’est qu’après mon divorce que j’ai vraiment exploré des pratiques sexuelles plus audacieuses ». Les dix années qui ont suivi son divorce, Charlotte n’a fréquenté aucun homme, mais n’a pas laissé sa sexualité au point mort pour autant. « Je me suis occupée de moi ! C’est à cette période que j’ai découvert les sex-toys et les orgasmes extraordinaires qu’ils procurent », se réjouit la sexagénaire.

Puis, Charlotte s’est remise en selle, et quand elle a de nouveau eu « des partenaires de jeu », elle n’a pas hésité à satisfaire sa curiosité sexuelle. « A cet âge, une femme prend beaucoup plus de plaisir sexuel, elle est plus coquine, se lâche beaucoup plus, estime-t-elle. Avec le temps, j’ai découvert que j’avais plusieurs points G. Quand on est jeune, on connaît surtout le plaisir clitoridien, puis l’orgasme vaginal, mais il y a tellement plus à découvrir ! Or, là où une femme de 30 ans n’osera pas certaines pratiques, la femme mûre sera plus audacieuse, dira davantage ce qu’elle aime, ce qui lui donne du plaisir. Et, ironie du sort, elle attirera des hommes plus jeunes qu’elle », assure-t-elle avec un brin de malice dans la voix.

Janine Mossuz-Lavau l’a elle aussi constaté avec les femmes qu’elle a interrogées : « les quinquas et plus n’ont plus peur ou honte de revendiquer leurs envies et leurs besoins sexuels, et nombre d’entre elles m’ont confié que si la pénétration leur procurait du plaisir, le cunnilingus était ce qui leur faisait atteindre l’orgasme. Elles se sont emparées de leur sexualité ». Un changement avec la précédente enquête réalisée il y a dix-sept ans par la sociologue. « On parlait toujours des besoins des hommes, mais aujourd’hui, ceux des femmes sont exprimés ».

Aujourd’hui, « l’épanouissement sexuel est devenu un objectif premier et on peut considérer que la maturité peut être un must dans la sexualité de certaines femmes, abonde la sexologue Michelle Boiron. Alors peut-être aussi que si certaines femmes de plus de 50 ans avaient un partenaire qui continue de les séduire, elles ne brandiraient plus l’alibi de la ménopause pour éviter le sexe, taquine la sexologue. Aujourd’hui, 50 ans, c’est un tournant, la vie est loin de s’arrêter ou de devenir moins intéressante et palpitante une fois qu’on atteint la cinquantaine ».

* Le prénom a été changé