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Naples-PSG: De l’excitation des grandes joutes européennes à la peur de la C3, les sentiments contraires des Parisiens

FOOTBALL Ce groupe pourrait bien rendre fous les supporters du Paris Saint-Germain…

Habitué du virage Auteuil depuis le retour des ultras au PSG, Alexandre flippe un peu avant de prendre l’avion pour le Sud de l’Italie. Pas de syndrome Bergkamp ici, mais un savant calcul à l’origine de ses craintes. « Si on stresse ? Bah, si tu regardes bien, la suite de la saison européenne se joue là-bas. Donc forcément… » Et il n’est pas le seul à l’avoir fait : « depuis l’aller contre Naples, je suis vraiment moins serein », abonde Maxime, qui assistera au Naples-Paris de mardi soir dans son canapé. Pas étonnant de savoir, d’après le premier cité, que beaucoup de supporters ont fait l’impasse sur la réception du Losc vendredi pour se concentrer sur le déplacement suivant Ligue des champions. « Beaucoup ont coché la date [le 6 novembre]. »

Un peu de maths…

Et pour cause. Si Paris se plante au San Paolo et que Liverpool bat encore l’Etoile Rouge – fort probable – la bande à Tuchel restera bloquée à quatre points quand son bourreau en comptera huit et les Reds, neuf. Bref, ça commencerait à sentir très mauvais pour la Ligue des champions. Avant les quarts. Avant les huitièmes. Avant 2019.

C'est tendu
C’est tendu – Google

Et ça, c’est un peu nouveau pour le PSG depuis l’arrivée de QSI au pouvoir. Quand bien même il y avait du suspense pour la première place du groupe, la deuxième lui était de toute façon promise. Petit rappel des poules de Paris en C1 depuis son retour en 2012-2013.

2012-2013 : FC Porto, Dinamo Zagreb, Dynamo Kiev

2013-2014 : Olympiakos, Benfica, Anderlecht

2014-2015 : FC Barcelone, Ajax, APOEL

2015-2016 : Real Madrid, Shakhtar, Malmö

2016-2017 : Arsenal, Ludogorets, Bâle

2017-2018 : Bayern Munich, Celtic, Anderlecht

« On va dire que pour la première fois, j’ai vraiment grimacé quand j’ai vu le tirage qu’on s’est mangé », admet Christopher*, un autre supporter parisien. « D’habitude après un tirage quand j’en parlais avec mes potes, je cherchais souvent la petite bête par superstition, des trucs cons comme «ouais, attention au Shakhtar quand même», ou «l’Ajax ça peut nous emmerder»… Mais au fond j’y croyais pas une seconde (il se marre). Là, c’était net dès le départ. Naples, Liverpool, tu sais que tu vas en baver et qu’il y a des chances pour que tu te fasses recaler dès le premier tour. »

Ok, ça tremble, ça calcule, et peut-être que l’histoire se terminera par des litres de larmes coulant le long des joues parisiennes. Mais est-ce qu’on prendrait pas plus son pied en étant reversé en Ligue Europa​ après s’être battu avec des vraies équipes de foot dans des stades mythiques qu’en se qualifiant sans gloire pour les huitièmes avant de se faire jeter de la compèt’comme une chaussette orpheline ? On a posé la question à nos deux supporters parisiens – pas pêle-mêle on vous rassure – sur la base de trois critères : la qualité de jeu, l’ambiance et les émotions. Voilà ce qu’ils en disent.

La qualité de jeu

Alexandre : « Quand on s’est fait balader sur la pelouse du Bayern [3-1 l’année dernière], y’avait de la qualité de jeu quand même non ? Au premier tour en Ligue des champions, un gros ça suffit normalement pour se jauger. On a eu le Barça, on a eu le Real aussi… Maintenant si tu me demandes si ça nous change de jouer Naples plutôt que l’Olympiakos, sans manquer de respect à qui que ce soit, oui. Au lieu d’avoir une équipe qui a pas peur de toi dans ton groupe, t’en as deux. Donc deux fois plus de matchs plus ouverts avec plus d’occasions. Deux fois plus de chances de perdre aussi. C’est mieux pour le spectateur neutre à mon avis. »

Christopher : « Des gros matchs on en a déjà eu dans nos groupes. Donc on savait déjà ce que c’était un match disputé avec un gros niveau technique. La différence cette année c’est qu’on chope deux équipes un peu opposées à nous dans le style, gros pressing, grosse combativité, ça court comme des lapins pendant 90 minutes. Ce groupe c’est une cargaison de kryptonite. Mais en gros ouais, tu sens que la qualité est plus homogène que les années passées, ça rend vraiment le truc indécis. »

Maxime : « C’est positif par rapport aux années précédentes où on tombait parfois sur des équipes pas forcément à notre hauteur, là on a un groupe qui clairement nous permet de nous jauger, d’avoir des vrais matchs avec des adversaires à notre hauteur en termes de jeu. Il y a tout de suite de l’adversité, tu rentres dedans. »

L’ambiance

Alexandre : « On savoure. Si tu prends le tirage sous le prisme supporters, cette année c’est jackpot. Anfield même si les mecs s’endorment pendant le match, t’as le you’ll never walk alone et tu sens que l’endroit même le quartier, la ville, tout ça c’est chargé d’histoire. Donc top. San Paolo c’est un chaudron, on présente plus. Et l’Etoile Rouge c’est historique. Ça fait longtemps qu’ils étaient pas en C1 donc ils seront déterminés en tribunes chez eux je pense. »

Christopher : « Un peu déçu par Anfield qu’on nous vendait comme un truc dingue. En fait paradoxalement c’est plus au Parc que je prends du plaisir dans ce groupe. Vu que le niveau est très serré, t’es parfaitement dans ton rôle de douzième homme qui peut apporter un supplément d’âme. Contre Naples, je l’ai vécu comme ça en tout cas. »

Maxime : « J’avais fait des déplacements l’année dernière, avec des ambiances sympas. Cette année pas encore malheureusement mais des retours que j’ai pu avoir c’était bien sympa à Anfield. En tout cas, c’est le meilleur groupe en termes d’ambiance de ces dernières années sur le papier, ça c’est clair. »

Les émotions (est-ce qu’on ne préfère pas avoir ce groupe, quitte à sortir dès les poules ?)

Alexandre : « Je peux pas répondre oui à cette question. Je la comprends. Mais quand t’es supporter tu peux pas te contenter d’une élimination. Y’a du suspense, et on se fait bousculer. On rentre tout de suite dans la grosse compèt’. Comme je le disais, c’est super mais surtout pour le spectateur neutre. En ce qui me concerne pour l’instant j’ai juste le stress d’être éjecté du groupe. »

Christopher : « Ça serait moche si ça nous arrivait [l’élimination dès les poules] mais au moins on aura ressenti des trucs pendant cette phase. Je garde un mauvais souvenir de l’année dernière. Les groupes étaient vite pliés, on finit premier et on sort aussitôt. C’est allé trop vite, on a pas compris ce qui nous arrivait. Là on a un peu l’impression qu’on peut perdre à l’ancienne, avec panache comme en 2004. Coridon met le but du tournoi mais ça sert à rien et on finit dernier de la poule. Là on a Neymar-Mbappé et Tuchel sur le banc mais on peut finir en Ligue Europa. J’espère qu’on va passer quand même par contre (il rit) ! »

Maxime : « Je ne pourrais pas être satisfait de ce groupe si on venait à être éliminé même si on aura vécu quelque chose et qu’on aura eu des émotions jusqu’au bout. On se sera moins ennuyé, ok, mais en cas d’échec ça sera forcément beaucoup de déception. »

En cas de catastrophe, à savoir devoir se pointer en Ligue Europa avec l’attaque la plus cheatée de l’histoire de la D2 européenne, les voix sont unanimes. Mais c’est Maxime qui en parle le mieux. « Il y aura eu une énorme déception avant et forcément encore plus d’exigence après : si on joue la C3, seule la victoire sera acceptée, c’est sur est certain qu’on n’envisagera rien d’autre. » Pression.

*Le prénom a été changé