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«Ce que l’on veut, c’est apporter aux Français l’opportunité de consommer autrement pendant les fêtes»

EXCLUSIF Mounir Mahjoubi dévoile son opération baptisée «le Noël des PME».

Il l’assure, sa démarche est beaucoup plus « humble » que celle d’Arnaud Montebourg et de son « Made In France » en marinière. Pourtant, le « Noël des PME » dévoilé ce mardi par Mounir Mahjoubi en exclusivité pour 20 Minutes n’en est pas si éloigné. Le secrétaire d’Etat au Numérique veut inciter les Français à penser « local » au moment d’acheter leurs cadeaux en ligne. Il en profite aussi pour appeler Amazon, qui domine le marché, à des pratiques plus respectueuses envers les entreprises.

Vous lancez ce mercredi le « Noël des PME ». En quoi cela consiste-t-il ?

En fin d’année, au mois de décembre, les Français vont dépenser des milliards d’euros pour les cadeaux, de plus en plus souvent en ligne. Il y a deux possibilités : soit ces milliards d’euros ont un impact local sur l’économie et sur l’emploi en France, soit l’argent va aller vers des plateformes internationales pour des produits fabriqués dans des conditions que nous ne connaissons pas. Ce que l’on veut, c’est apporter aux Français l’opportunité de consommer autrement pendant les fêtes, en mettant en valeur des productions locales, éco-responsables, qui valorisent des TPE et des PME.

Et comment allez-vous les mettre en valeur ?

Ces entreprises seront promues via les réseaux sociaux et le site Internet du ministère de l’Economie. Tous les jours jusqu’à Noël, je mettrai en avant une à trois entreprises. C’est comme un calendrier de l’avent ! C’est aussi une petite audience supplémentaire que ces entreprises n’auraient jamais eue par ailleurs. L’objectif c’est de montrer ce que nos PME sont capables de faire en matière d’e-commerce. Une quarantaine a déjà répondu à notre appel, nous espérons en avoir 150 d’ici Noël.

Avec cette opération vous voulez distinguer le « bon » e-commerce du « mauvais » e-commerce ?

Je n’ai pas dit ça. Il y a un e-commerce dont la marge permet de créer des emplois autour de chez vous, et il y a un e-commerce où cette marge permet de créer des emplois ailleurs. Certaines entreprises qui vendent en ligne payent leurs impôts en France, d’autres non. Dans un moment où beaucoup se posent la question de l’impact du numérique sur les emplois, je veux offrir la possibilité à ceux qui le souhaitent d’avoir un vrai choix au moment d’offrir leurs cadeaux.

Vous vous êtes inspirés d’Arnaud Montebourg et de son initiative pour le « Made in France » ?

Notre initiative est beaucoup plus humble et beaucoup plus petite. On ne crie pas « préférez le Made in France ». On dit simplement : vous allez acheter des cadeaux dans les semaines à venir, et vous allez le faire par Internet. Et bien sans rien changer, en restant assis sur votre chaise, vous pouvez envoyer de l’argent qui partira à côté de chez vous.

Mais les consommateurs ont déjà le choix. Pourquoi prendre cette initiative ?

On va se dire la vérité. Il est plus simple de commander sur une plateforme internationale un produit qui vient de l’étranger, parce que ces plateformes ont plus de moyens marketing. Si on se laisse guider par les publicités qui nous orientent sur Internet, on va moins commander auprès des PME et plus auprès des grosses entreprises sans même se poser la question, parce que tout nous pousse en ce sens.

Depuis le début du mois de novembre, une médiation est en cours entre Amazon et de nombreuses TPE-PME qui s’estiment lésées par la plateforme, notamment pour des questions de référencement. Votre opération vise aussi à contrer Amazon ?

Amazon n’est ni l’ennemi, ni le bienfaiteur. Il ne s’agit pas de le bloquer ou de le favoriser. Si Amazon a un comportement vertueux avec nos entreprises, c’est très bien, mais lorsqu’il a un comportement dangereux pour elles, on le rappelle à l’ordre. C’est aussi le cas d’autres plateformes.

Depuis début novembre, nous avons reçu une centaine de signalements de la part d’entreprises. Souvent, les mêmes histoires se répètent : des entreprises déréférencées du jour au lendemain et qui perdent une grande partie de leur chiffre d’affaires, ou encore un service client absent. C’est pour cela qu’on a lancé une médiation et qu’on est en train de construire une réglementation européenne sur le sujet.

Quelles sont les mesures essentielles qui devront être contenues dans cette législation ?

La première chose, c’est d’obliger les plateformes à répondre aux mails ou aux appels des entreprises partenaires. Aujourd’hui, cette simple règle de base du commerce n’est plus respectée. Les plateformes ne devront également plus avoir le droit d’agir de façon unilatérale sans informer préalablement la PME concernée.

Si Amazon veut enlever une entreprise de sa plateforme, elle lui donne des délais pour s’expliquer, au lieu de la supprimer du jour au lendemain. Enfin, les clauses du contrat (conditions tarifaires par exemple) devront être revues : quand vous êtes une TPE-PME et que vous voulez vendre sur Amazon, vous ne décidez de presque rien. La DGCCRF a d’ailleurs déposé une plainte cette année à ce sujet.

Au-delà du problème avec les entreprises, les plateformes comme Amazon pratiquent l’optimisation fiscale, ce qui les conduit à payer peu d’impôts en France. Comment remédier à cela ?

Là-dessus il faut qu’on régule. La France est le premier Etat à parler fort sur ce sujet. Il faut d’urgence arriver à un accord européen sur la fiscalité des GAFA [Google, Amazon, Facebook, Apple]. Nous voulons une imposition internationale et pour cela il faut que les citoyens continuent de se mobiliser et nous soutiennent autour de ce sujet. Personne n’accepte de voir des géants internationaux payer moins d’impôts qu’une PME, ce n’est pas soutenable.