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Lille: «J’exprime des remords, je militerai autrement», jure un militant de la cause animale devant le tribunal

JUSTICE Dans le procès qui se tenait à Lille pour des actes de vandalismes contre des commerces de bouche, les militants antispécistes ont fait profil bas et assuré avoir des remords

s ont entre 24 à 40 ans et sont militants de la cause animale. Quatre prévenus, qui se revendiquent du Front de libération animale (ALF), comparaissaient, ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Lille, pour 15 faits de « dégradation volontaire commise en réunion du bien d’autrui », en l’occurrence des restaurants ou boucheries, entre novembre et février.

Une première audience en comparution immédiate avait été reportée, en février. Mathilde B. et Cyril B., inconnus jusqu’alors des services de police, avaient été placés en détention provisoire, avant d’être remis en liberté, la semaine dernière.

Analyse des appels téléphoniques

C’est l’identification des deux voitures utilisées par les activistes qui va permettre aux policiers de remonter jusqu’au couple. L’analyse des appels téléphoniques et des profils Facebook va confirmer les liens entre les deux militants antispécistes. La nuit des actions, tous deux éteignaient notamment leur portable simultanément.

A la barre, les frêles silhouettes des suspects tranchent avec l’importance des dégâts lors de certaines actions. Les premiers faits reprochés conjointement à Mathilde B. et Cyril B. datent de la nuit du 27 au 28 décembre. Quatre établissements de la métropole lilloise sont tagués, certaines vitres brisées. Une tentative d’utilisation d’explosifs est constatée.

Lorélie Carrive@LorelieCarrive · 21 hEn réponse à @LorelieCarrive

Les prévenus: Cyrile B., 23 ans, médiateur social. Mathilde B., 29 ans, auxiliaire puéricultrice, vit à Roubaix. Connue du renseignement territorial pour son appartenance « au noyau dur » de la mouvance vegan. Johanna G, 39 ans. Eva C, 33 ans. #Lille #procesvegan #antispécistes

Lorélie Carrive@LorelieCarrive

« C’est uniquement dans le but de faire entendre la lutte antispeciste. Je n’ai jamais eu l’intention de toucher à autre chose que du matériel » (Mathilde B., frêle, cheveux roux, jean et veste bordeaux)315:48 – 19 mars 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéVoir les autres Tweets de Lorélie Carrive

« Je voulais faire entendre la voix des antispécistes. Depuis le temps que je milite, je me sentais incomprise », souligne Mathilde B., mal à l’aise. Chignon roux un peu lâche, elle confirme avoir participé avec Cyril B. à plusieurs équipées nocturnes.

Convictions militantes réaffirmées

Deux autres jeunes femmes sont accusées de complicité. Johanna G. se tient penchée, son pardessus crème sur le dos. Une rupture des ligaments la fait souffrir depuis plusieurs semaines car elle refuse de prendre des médicaments testés sur des animaux. Elle assume avoir aidé le duo, lors de cette première soirée.

En revanche, Eva C., va nier sa participation mais réaffirmer ses convictions militantes. Lors de la première audience, elle avait souhaité être incarcérée avec ses amis, « par solidarité ».

Car pendant deux mois d’activisme, les dégradations vont se multiplier : à Norrent-Fontes, près de Béthune, la nuit de la Saint-Sylvestre, puis à Hazebrouck, Saint-Pol-sur-Mer et Dunkerque, début janvier. Quelques jours plus tard, ce sont des commerces lillois et roubaisiens qui sont ciblés, dont un fourreur, Max Mara, avec un tag « Leur peau, pas la vôtre ».

« Ce ne sont pas des menaces à la personne »

Les actions s’intensifient jusqu’à confectionner et jeter des cocktails Molotov pour incendier le restaurant « Le Fer à cheval » à Roubaix, pour la seconde fois. « Jusqu’où seriez-vous allés ? », demande la juge. Chacun des deux accusés hésite : « Je ne sais pas ». « Ce ne sont pas des menaces à la personne, avoue Cyril B., cheveu court et front dégarni. On s’attaque à des enseignes. On veut rendre visible notre cause. C’est tout ».

Un essayiste est appelé comme témoin pour venir expliquer le combat des antispécistes. « Ils s’élèvent contre l’arbitraire de nos sociétés qui veut qu’une espèce soit supérieure à une autre. Qu’est ce qui fait qu’on considère que le cochon est fait pour être mangé et le chien pour être caressé ? », précise-t-il.

Puis, c’est une militante antispéciste suisse, Virginia Markus, qui vient faire un parallèle entre les actions des activistes antispécistes et celui des militantes féministes ou militants antiracistes dans l’Histoire : « Elles et eux aussi ont commis des actes répréhensibles pour arriver à faire valoir l’égalité ».

« Ces témoignages légitiment les actes de violence »

Pour Damien Legrand, avocat du Syndicat des bouchers du Nord – qui se portait partie civile dans cette affaire –, « ces témoignages légitiment les actes de violence. L’idée qui sous-tend, c’est que ça va recommencer. Que se serait-il passé s’ils n’avaient pas été interpellés ? ».

A droite, laurent Rigausd, président des bouchers du Nord, partie civile dans le procès des quatre militants antispéciste à Lille, et son avocat, Me Damien Legrand.
A droite, laurent Rigausd, président des bouchers du Nord, partie civile dans le procès des quatre militants antispéciste à Lille, et son avocat, Me Damien Legrand. – G. Durand / 20 Minutes

« On faisait ça de manière spontanée, un peu dans la précipitation. Aujourd’hui, je me rends compte qu’on ne maîtrisait pas les incendies », assure Cyril B. Le jeune homme est médiateur social. Après dix jours de grève de la faim en prison, il assure avoir pris conscience de ces actes. « Je militerai autrement. J’exprime des remords. Je ne recommencerai pas », dit-il

Sa compagne, Mathilde B. a travaillé dans une crèche. Sa période d’essai n’a pas été validée. En pleurs, elle explique avoir « pensé pouvoir surmonter la prison ». Ça n’a pas été le cas. Elle aussi regrette.

Le procureur a demandé 10 mois de prison ferme pour Cyril B., 6 mois ferme pour Mathilde B. et 6 mois avec sursis pour les deux autres prévenues. La décision du tribunal a été mise en délibéré au 8 avril.