Home>Art>«L’Aventure Robinson»: «Le spectateur aime bien voir les gens souffrir»
Art Culture Industrie Musique TELEVISION

«L’Aventure Robinson»: «Le spectateur aime bien voir les gens souffrir»

 L’Aventure Robinson » est diffusée ce vendredi sur TF1…

Koh-Lanta, la plus célèbre des téléréalités de survie, compte 18 saisons etTF1 ne s’arrête pas en si bon chemin. La première chaîne lance ce vendredi L’Aventure Robinson, une version soft de son aînée, avec Maître Gims etKendji Girac en mode survie. Les audiences de Koh-Lanta ne démentent pas l’engouement -même si la dernière finale a fait moins bien que d’habitude avec 5,34 millions de personnes, selon Médiamétrie – autour de ces émissions en milieu hostile. Bertrand Vidal, sociologue à l’université Paul-Valéry Montpellier 3 analyse le phénomène de mode et la fascination du public pour ces télécrochets d’aventure.

D’où vient l’engouement pour ces émissions ?

Le concept a été théorisé par une société suédoise dans les années 1990 et popularisé par l’émission de téléréaloté Expedition Robinson en 1997. Ce type d’émissions de survie, la confrontation avec la nature, être seul face aux éléments ou, comme Koh-Lanta, en groupe, ça part d’Expedition Robinson, qui sera repris aux Etats-Unis assez rapidement par Survivor (en 2000). Là, c’est un réel boom, avec des personnalités particulières. En France, on connaît Mike Horn, mais aux Etats-Unis, ça a été sous l’impulsion de Bear Grylls, un ancien militaire qui s’est fait connaître notamment parce qu’il a invitéBarack Obama dans Star versus Wild pour sensibiliser à la nature.

Qu’est-ce qui fait le succès de ces émissions ?

Koh Lanta, c’est une reprise d’Expedition Robinson, sauf que la particularité c’était des individus lambda, vous et moi. Etant donné qu’on pouvait s’identifier facilement, on se posait la question : Qu’est-ce que je ferais si j’étais à sa place, dans cette île déserte, dans cette jungle ? Comment je peux survivre moi aussi, est-ce que j’oserais manger un asticot, dépecer tel animal pour survivre ? Il y a un pouvoir d’identification dans ce genre d’émissions. La téléréalité joue souvent sur des stéréotypes : le geek, l’intello, la bimbo, l’aventurière qui vont jouer à survivre et le spectateur s’identifiera. Comme le dit Mike Horn, en situation extrême, on est tous égaux. Que ce soit Patrick Bruel, ou Maître Gims ou une personne lambda, on va les voir souffrir, pleurer. Le succès vient du pouvoir d’identification. A cela s’ajoute une autre idée.

Laquelle ?

Ça nous sort de notre quotidien. On survit dans des paysages fantastiques qui nous invitent au voyage par procuration. Même si c’est terrible, ça devient magnifique. On approche de ce qu’Emmanuel Kant appelait le « sublime », quelque chose qui dépasse l’humain.

Existe-t-il d’autres ressorts à cette fascination ?

Le spectateur aime bien voir les gens souffrir. Ce qu’on appelle le « couch potatos », dans son canapé avec son paquet de chips, il aime bien regarder des catastrophes. On aime voir ça parce qu’on sait que c’est du cinéma ou de la téléréalité et que tout est prévu derrière.

Retrouve-t-on la même fascination dans le cinéma ?

Je lie ça à des films catastrophe, à des séries comme The Walking dead, on en a un peu marre de la situation dans laquelle on est actuellement. Donc, voir des individus souffrir, confrontés à des situations élémentaires (savoir faire du feu, trouver un abri), pour nous, urbains, c’est quelque chose à laquelle on ne réfléchit jamais. On voit qu’il est possible de vivre en dehors du progrès, de retourner à l’état de nature. Ces émissions nous réveillent.

« L’Aventure Robinson » repose sur des people, est-ce un gadget ?

On va jouer sur cet appel à l’aventure, ce désir de « robinsonade », de sortir de la société, de la civilisation, et dans le choix des célébrités, on cible un public. Maître Gims, je ne connais pas assez, mais c’est pour les 15-25 ans maximum.