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Incendie à Notre-Dame de Paris: Qui est Jean-Louis Georgelin, le général qui doit «secouer le cocotier» de la reconstruction?

PORTRAIT Emmanuel Macron a nommé mercredi un militaire haut gradé aux états de service impressionnants pour superviser la reconstruction de la cathédrale, incendiée lundi

Un militaire pour superviser la reconstruction de Notre-Dame ? La décision d’Emmanuel Macron, mercredi, de confier au général à la retraite Jean-Louis Georgelin, 70 ans, le rôle de superviser pour lui les opérations de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame aprèsson incendie a de quoi surprendre. « Mais je crois qu’on ne fait pas appel à un militaire, on fait appel à Jean-Louis Georgelin », précise tout de suite le journaliste de L’Opinionspécialiste de la défense, Jean-Dominique Merchet, qui ne cache pas sa proximité avec l’ancien chef d’Etat-major des armés.

Le président de la République a en tout cas trouvé l’homme idoine pour tenter de respecter le calendrier très serré que le chef de l’Etat s’est lui-même imposé, cinq ans, quand les spécialistes parlent du double ou du triple. « C’est une affaire de volonté, a dit le général Georgelin à la sortie de la première réunion sur les travaux, mercredi, à l’Elysée, il s’agit de ne pas se perdre en colloques. »

« Pas du tout techno »

Voici les hauts fonctionnaires du ministère de la Culture prévenus. Ce militaire « pas du tout techno », connu pour son franc-parler, selon l’AFP, a en effet de quoi les inquiéter. Sa réputation le précède : « Il va secouer le cocotier. Ils n’ont pas intérêt à s’endormir. C’est pas le genre. Il en impose, y’a pas de doute », détaille Jean-Dominique Merchet.

Si « ça ne le résume pas », Jean-Louis Georgelin est d’abord « très militaire », d’après la description du journaliste. La carrière de cet originaire de Haute-Garonne, entré en 1967 à l’école militaire de Saint-Cyr, est « assez traditionnelle, brillante, mais traditionnelle ». Il est l’exemple d’un militaire français de l’armée de terre pendant la Guerre froide : « C’est-à-dire qu’il ne connaît les opérations extérieures que très tard, à Sarajevo », dans les années 1990. Il est alors déjà général.

« Il a un sens politique »

« Intellectuel, très cultivé », Jean-Louis Georgelin est aussi « très politique ». « Il a un sens politique, il connaît la politique et il aime ça, explique Jean-Dominique Merchet. Il lit Le Monde tous les jours depuis le lycée et The Economist toutes les semaines. » Il connaît si bien le sérail qu’il rentre à Matignon sous Balladur puis Juppé. Il devient surtout, en 2002, le chef de l’Etat-major particulier du président de la République fraîchement réélu, Jacques Chirac. En 2006, il est nommé chef d’État-major des armées : c’est lui qui, chaque 14 juillet, passe en revue les troupes en compagnie du chef de l’Etat sur les Champs-Elysées.

Ce n’est néanmoins « pas de tout un courtisan, pour Merchet. Il n’était pas du tout dans les réseaux macronistes ». Au contraire, même : Jean-Louis Georgelin avait été de ceux qui avaient critiqué Emmanuel Macron, dès le début de son mandat, après ses réprimandes sur son successeur comme chef d’État-major des armées, Pierre de Villiers. « Je pense que le président a fait ce que nous appelons dans l’armée une faute de commandement », avait-il dit à l’époque, comme le rappelle Le Point.

« Profondément croyant »

Alors, pourquoi ce général à la retraite, « qui s’ennuyait » depuis la fin de son mandat, en 2016, comme grand chancelier de la Légion d’honneur ? Emmanuel Macron, qui, comme l’explique Jean-Dominique Merchet dans L’Opinion, a convoqué Jean-Louis Georgelin mardi soir pour lui proposer ce rôle de superviseur, cherchait d’abord un catholique fervent. « C’est un vrai catholique, profondément croyant. »

Dès lundi soir d’ailleurs, Merchet et Georgelin échangent au sujet de l’incendie de Notre-Dame : « C’est un drame national. J’espère que nous n’allons pas perdre notre cathédrale métropolitaine. » Le général est discret sur sa foi. « C’est pas du tout ostentatoire, précise son ami journaliste. Ce n’est pas du tout une caricature d’officier catho-versaillais-Manif-pour-tous avec une famille nombreuse. Il n’a pas d’enfants, c’est un célibataire endurci. Il n’a pas du tout d’argent, il habite un appartement en banlieue parisienne. »

« Personnalité très clivante »

Dans un dossier qui s’annonce déjà passionnel, Emmanuel Macron a sans doute cherché un homme d’autorité. « L’autorité, c’est vraiment la dernière chose dont il manque », décrit Jean-Dominique Merchet, son ami. Les autres le voient sur un ton moins positif… Il reconnaît d’ailleurs qu’il est « très clivant ». « Il sait engueuler les gens », disait à l’AFP en 2006 un gradé à propos de ce général haut en couleur qu’on adorait… ou pas. Jean-Louis Georgelin prend de la place, même physiquement : « Il a une personnalité très théâtrale, il parle avec une très grosse voix. Quand il est quelque part, on ne voit que lui, il a un physique impressionnant et un rire tonitruant. »

Au milieu des vents contraires, des contraintes et des polémiques qui ne manqueront pas de survenir, Jean-Louis Georgelin tiendra sans doute le cap du président de la République. Mais sera-t-il l’homme des compromis, au vu de sa personnalité ? « Il a bien compris que la mission qui lui était confiée était une mission très politique », juge Jean-Dominique Merchet. Rendez-vous dans cinq ans, et sans doute bien avant.

PORTRAIT Emmanuel Macron a nommé mercredi un militaire haut gradé aux états de service impressionnants pour superviser la reconstruction de la cathédrale, incendiée lundi