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Golfe Persique: Tout comprendre de la crise actuelle du pétrole

TENSIONS Sabotages, embargo, déclarations fracassantes… Les coups pleuvent de toute part ces dernières semaines dans le golfe persique, région pétrolière hautement stratégique. L’Iran contre le reste du monde ? Pas tout à fait. Explications

« Si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran. Plus jamais des menaces contre les Etats-Unis ». Ainsi parlait dimanche soir Donald Trump, sur Twitter. Sur son réseau social favori, le président américain est un habitué des déclarations à l’emporte-pièce. Celle-ci, tout de même, témoigne de l’escalade des tensions au Moyen-Orient.

Donald J. Trump@realDonaldTrump

If Iran wants to fight, that will be the official end of Iran. Never threaten the United States again!234K10:25 PM – May 19, 2019Twitter Ads info and privacy127K people are talking about this

D’un côté, il y a l’Iran, de l’autre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, le Koweit et les Emirats arabes unis. Et au centre, il y a le détroit d’Ormuz, petit bras de mer, large de 50 km environ, qui sépare l’Iran de la péninsule arabique.

Des actes de sabotages de tankers croisant au large des Emirats arabes unis le 12 mai, puis des attaques de drones armés contre deux stations de pompage en Arabie Saoudite, revendiquées par des rebelles yéménites, soutenus par l’Iran, deux jours plus tard, avaient déjà secoué la région. Est-on à l’aube d’une nouvelle guerre du Golfe ? Quels peuvent être les incidences de telles tensions sur le prix du pétrole ? 20 Minutes fait le tour des enjeux.

Quel est le point de départ de ces tensions ?

Guy Maisonnier, économiste à l’IFPEN (Institut français du pétrole et des énergie nouvelles), fait remonter le début des tensions à novembre dernier, moment choisi par Donald Trump pour rétablir des sanctions contre le secteur pétrolier iranien. Objectif affiché : contraindre le pays à engager des négociations sur l’arrêt de ses programmes nucléaire et de missiles balistiques.

En clair, tout pays s’expose à des sanctions s’il continue à importer du pétrole iranien. Tous ? Pas tout à fait. « On ne se passe pas aussi facilement de l’Iran, un gros acteur du secteur pétrolier, avec une production de 4,6 millions de barils par jour [pétrole et liquides de gaz naturel] l’an dernier avant les sanctions, précise Guy Maisonnier. Pour éviter toute flambée des prix, les Etats-Unis avaient accordé des exemptions à huit pays, dont la Chine, l’Inde et la Turquie. Ils avaient été autorisés pour six mois encore à importer du pétrole iranien, le temps que ces pays importateurs s’organisent et le temps que les pays producteurs de pétrole ajustent leurs productions. » Ce délai a pris fin le 22 avril dernier et Donald Trump a décidé de ne pas reconduire les exemptions, conduisant à cette nouvelle escalade des tensions.

Le détroit d'Ormuz, seule porte d'accès pour les tankers et pétroliers souhaitant quitter le Golfe persique.
Le détroit d’Ormuz, seule porte d’accès pour les tankers et pétroliers souhaitant quitter le Golfe persique. – Google Maps

Est-on à l’aube d’une nouvelle guerre du Golfe ?

Durcissement des sanctions financières, militarisation de la zone, actes de sabotage et attaques de drones, déclarations fracassantes… « Le Golfe persique a toujours été une région à fortes tensions, mais là, ça commence à faire beaucoup », admet Francis Perrin, directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste du pétrole. Il ne se hasarde pas pour autant à prédire une nouvelle guerre du golfe. « Personne ne peut le faire raisonnablement tant cette région est complexe, estime-t-il. Jusqu’à présent, tous les pays impliqués disent en tout cas vouloir éviter une guerre, même si, visiblement, ils s’y préparent. »

Est-ce l’Iran contre le reste du monde ?

Au Proche et au Moyen-Orient, le pays apparaît bien esseulé entre Israël, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Koweït, qui multiplient à son encontre les déclarations hostiles. « L’exception est la Syrie, reprend Francis Perrin. Mais le pays a suffisamment à faire avec le conflit qui le déchire pour être un grand soutien de l’Iran. On pourrait ajouter Oman, un pays qui, traditionnellement, s’efforce d’avoir les meilleures relations possibles avec les pays qui l’entourent. »

Voilà pour le voisinage. Si on élargit l’échelle, il faut rajouter bien sûr les Etats-Unis à la liste des ennemis déclarés. Ensuite, les lignes sont plus floues, explique le chercheur de l’Iris. « La Russie, l’Union européenne et la Chine ont par exemple critiqué la décision des Etats-Unis, en mai 2018, de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, estimant qu’il s’agissait d’un bon accord et que Téhéran le respectait, rappelle-t-il. Mais on n’en reste qu’aux paroles, aucune puissance n’étant en mesure de contrer l’embargo sur le pétrole iranien. »

Les exportations pétrolières iraniennes peuvent-elles tomber à zéro ?

Elles ont déjà fortement chuté en un an, passant de 2,5 millions de barils de pétrole brut exportés par jour à 1 million. « Cette chute des exportations s’est accompagnée d’une baisse de la production d’environ 1 million de barils par jour », indique Francis Perrin.

Avec la fin des exemptions, ces chiffres devraient baisser encore. Jusqu’à atteindre zéro ? Ni Guy Maisonnier, ni Francis Perrin n’y croient. « La Turquie a annoncé fin avril qu’elle continuerait à acheter du pétrole à l’Iran », rappelle le premier. La Chine, gros importateur de pétrole, a pour sa part dénoncé la fin des exemptions, sans dire toutefois si elle allait contourner ou non cet embargo. Un moyen de pression aux mains de Pékin contre Washington, alors que les deux pays sont en pleine guerre commerciale.

Comment se fait-il que, malgré l’embargo sur le pétrole iranien et la chute de production dans un Venezuela en pleine crise, les stocks mondiaux de pétrole augmentent ?

C’est du moins le constat dressé ce dimanche, lors d’une réunion de l’ Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les deux pays se disent inquiets que cette hausse des stocks entraînent un effondrement des prix.

En avril, Donald Trump avait affirmé que l’Arabie saoudite et d’autres pays de l’Opep avaient accepté d’augmenter leur production pour compenser la baisse des exportations iraniennes et faire baisser les cours du pétrole. Mais la raison pour laquelle les stocks de pétrole augmentent est davantage à chercher du côté des Etats-Unis, désormais premier producteur d’or noir au monde, devant l’Arabie saoudite et la Russie. « Le pays surfe surle boom du pétrole de schiste obtenu par fracturation hydraulique, une technique que les Etats-Unis développent depuis dix ans maintenant », explique Guy Maisonnier. La production américaine devrait augmenter encore ces prochaines années. Elle était de 11 millions de barils de pétrole brut par jour en 2018. Elle pourrait atteindre 12,45 millions en 2019 et 13,4 millions en 2020, selon les prévisions du département de l’énergie américain.

Quelles pourraient être les conséquences sur le prix du pétrole d’une crise qui s’aggrave dans le golfe persique ?

La tendance est à la hausse ces derniers mois et s’est accélérée encore avec les récentes tensions dans le Golfe persique. « A la toute fin 2018, e prix du pétrole de Brent [un standard dans la fixation du prix brut] était juste au-dessus des 50 dollars le baril, et se négocie aujourd’hui autour des 72 dollars », rappelle Francis Perrin.

Cette hausse des prix pourrait se poursuivre encore dans les mois à venir. « Il y a davantage aujourd’hui de facteurs haussiers (les tensions, les embargos sur le pétrole iranien et vénézuélien) que de facteurs baissiers (les Etats-Unis qui augmentent leur production d’or noir) », constate en tout cas le chercheur de l’Iris, sans croire toutefois que le baril puisse dépasser les 100 dollars, comme lors de la crise de 2011. « Sauf si on passe de tensions à une véritable guerre dans le Golfe persique, précise-t-il. Ce n’est pas impossible, mais personne ne peut le prévoir. »