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Comment Cannes compte (enfin) tirer parti à 100% de son aura cinéma

VISION GLOBALE La première pierre d’un multiplexe très attendu est enfin posée à l’ouest de la ville, d’autres projets ambitieux sont en préparation, et notamment un « musée-cité »

Première séance ? Juin 2020. C’est en tout cas ce que projette la ville de Cannes, pour son futur multiplexe. Près de 15 ans après une première version de ce projet, inclus alors dans un « technopole de l’image » depuis abandonné, un ensemble de douze salles va être construit à l’ouest de la ville. Aujourd’hui, c’est acté. Gravé dans le marbre. La première pierre de ce « Cineum » sera posée ce jeudi matin par le maire.

Remise à niveau salutaire de l’offre de séances dans « la cité du cinéma », ce complexe n’est pas le seul projet estampillé ciné qui mûrit dans les cartons de David Lisnard (LR). Musée, studios… Cannes, qui accueille le plus grand festival du Septième art au monde, a décidé de jouer cette carte à fond. Et d’en faire un levier, au-delà du grand rendez-vous du mois de mai. « Enfin », diront certains.

Juste à côté d’une université qui formera des scénaristes

A La Bocca, sur le site de la Bastide rouge, l’ancien terrain qui abritait des tennis et avant cela des installations GDF, près de l’aéroport de Cannes-Mandelieu, est déjà en chantier. A la rentrée prochaine, la nouvelle université de Cannes devrait accueillir ses premiers étudiants. Ils seront 1.000, à terme, à y potasser dans des formations liées à l’écriture, notamment pour le cinéma. Un cinéma qu’ils auront donc à deux pas. Boucle bouclée.

Le chantier du multiplexe sera concomitant avec celui du campus universitaire
Le chantier du multiplexe sera concomitant avec celui du campus universitaire – N. Pietri / ANP

Et c’est la Compagnie cinématographique de Cannes (CCC) qui va faire pousser ce multiplexe de 2.426 places. Cette société, née du regroupement des deux salles du centre-ville, l’Olympia et les Arcades, a acheté une parcelle à la municipalité pour près de 7 millions d’euros. Au total, elle a prévu d’investir 32 millions pour du high-tech à tous les étages et un bâtiment à facettes signé Rudy Ricciotti, l’architecte du MuCEM à Marseille. « Un vrai choix architectural », défendu par David Lisnard.

Un écran de 24 m de large, le « plus grand du Sud-Est, hors Palais des festivals » dans la salle principale de 433 places. Du son certifié Dolby Atmos et autres technologies dernier cri dans chaque espace de projection. Et pour certains des « love-seats » (sièges doubles) et des fauteuils dynamiques. Le nec plus ultra. Mais pas encore suffisant pour la mairie.

Pour un troisième cinéma en centre-ville

Elle s’organise aussi pour sauver le Star. Ce cinéma de la rue d’Antibes baissait le rideau en janvier 2016. Le bail de l’exploitant n’ayant pas été renouvelé. « Il nous faut une troisième salle en centre-ville, défend le directeur général des services de la mairie Thierry Migoule. Pour les besoins du Marché du film [le rendez-vous business du Festival de Cannes] mais aussi parce que, même avec l’ouverture du multiplexe, nous serons encore en dessous de la moyenne nationale en termes d’offre de séances. »

Le Star a baissé le rideau en janvier 2016
Le Star a baissé le rideau en janvier 2016 – F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Une décision a été prise lors du dernier conseil municipal. La ville a fait voter une procédure d’expropriation qu’elle activerait si, et seulement si, le propriétaire des lieux tardait trop à rouvrir un cinéma dans ses murs, comme le Plan local d’urbanisme (PLU) le prévoit. Le budget (13 millions d’euros) est prêt, au cas où.

Un « musée » du cinéma ? Plutôt, un « espace interactif »

En attendant, la mairie avance également sur d’autres projets, de longue haleine eux aussi. L’idée d’un musée du cinéma, les Cannois en entendent parler depuis des années. A la fin de son deuxième mandat, Bernard Brochand, le précédent maire, avait accéléré les choses en partant à la pêche aux investisseurs intéressés par la création de ce lieu iconique. Des candidatures avaient été reçues. Et laissées de côté.

La MJC Picaud, près du site évoqué.

Aujourd’hui, tout est remis en plat, mais, oui, il y aura bien espace dédié entièrement au Septième art, et ouvert tout au long de l’année, à Cannes. « Nous travaillons sur un cahier des charges, explique encore Thierry Migoule. Il sera prêt en 2019 pour que nous puissions nous remettre en quêtes de partenaires financiers avec un projet clair. »

« L’idée ne serait pas celle d’un simple musée, mais plutôt d’un espace interactif, comme la cité des sciences de la Villette. Il y aurait une partie archives et patrimoine bien sûr, mais aussi des ateliers, avec de grands studios par exemple. Le Festival de Cannes pourrait aussi y prendre sa part », poursuit le responsable. A quelle échéance ? « Objectif prochain mandat », indique-t-on en mairie. Et où ? « Le site attenant à la MJC Picaud [photo] tient la corde, mais ça pourrait être aussi à la Bocca. »

C’est aussi là, à l’ouest, que des studios de tournage pourraient voir le jour, sur un ancien site industriel que la ville a sanctuarisé, en attendant, là aussi, des investisseurs. « Le projet est en cours », indique-t-on. Wait and see. Dans le centre, la création d’un « atelier de post-prod », annoncée au dernier Festival de Cannes pour 2019, aura, a priori, du retard. « Ce sera plutôt 2020 ou 2021 ». Mais les choses avancent, et dans le même sens, pour le cinéma. De la création jusqu’à la diffusion.

Preuve en est aussi, selon la ville, le nombre de jours de tournage qu’elle s’efforce de capter. On en comptabilisait 218 en 2015, il y en a eu 562 en 2018.