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«Cauchemar», «esclaves», «honte»… les témoignages affluent sur les conditions de travail à Primark Euralille

 

«  On travaille comme des esclaves.  » Tiffany, 20 ans, demeurant à Wattrelos, ne mâche pas ses mots. Elle s’est reconnue dans le témoignage de Charlotte publié samedi, une vendeuse renvoyée au terme de sa période d’essai et très déçue par l’ambiance et les conditions de travail dans le magasin d’Euralille.

Tiffany partage les mêmes désillusions. «  J’ai postulé parce que c’était des CDI… Et au final, je me fais virer comme une mal-propre, pour bavardage ! Je n’ai fait aucune faute, je travaille comme un chien et on me jette.  » «  Combien de fois je suis rentrée en pleurs chez moi, souffle Rachel. J’ai 27 ans, six ans d’expérience dans la vente, je n’ai pas peur du boulot ni de me salir les mains, mais je n’ai jamais connu ça.  » Elle ne s’est pas faite renvoyer, elle a démissionné début décembre. «  Il fallait que je parte de ce cauchemar.  » Au pliage des vêtements, au ramassage des cintres, au «  bazar  » continuel dans les rayons, au boulot «  un peu à la chaîne  », elle aurait pu faire face, «  mais le manque de respect à chaque fois qu’on me parlait, ça non, c’était honteux  ».

« Comme des collégiens »

Une forme de pression qu’a aussi vécue Tiffany : «  On ne nous fait aucune confiance, même pour un billet de 50 € d’un client, faut que ce soit un manager qui vienne le vérifier.  » «  Moi je badgeais à 15 h 30, témoigne Élodie. Le samedi, le temps de traverser le magasin bondé, je me faisais attraper par le manager parce que j’arrivais à 15 h 33. Et devant les clients ! On nous traitait comme des collégiens.  » La jeune femme dit avoir vécu «  la pire expérience de sa vie  ». «  Un jour j’avais oublié mes chaussures noires, je m’en suis excusée, mais comme j’étais derrière une caisse, je me suis dit que pour une fois, on ne m’en tiendrait pas rigueur. Et bien on m’a répondu : soit t’en achète tout de suite, soit tu pars !  »

Les ex-employées que nous avons interrogées confirment toute ce manque de respect ambiant. Toutes évoquent une salle de stocks «  beaucoup trop petite  » par rapport aux volumes de vêtements, d’où il est difficile, sans se faire mal, d’extraire un carton («  c’est Koh Lanta cette salle des stocks !  »), toutes relatent des «  formations hyper rapides aux bons gestes  » (comment manipuler des cartons par exemple), parfois même des formations «  sur internet. On lit des explications et après on a un questionnaire et ça fait office de formation  ».

« En réalité, personne ne touche la même somme, alors qu’on fait tous les mêmes heures… »

Nombreux sont ceux qui pointent aussi du doigt des fiches de paye «  illisibles  », «  incompréhensibles  », ou qui «  posent question  ». Élodie s’étonne : «  Je n’ai jamais perçu la somme indiquée dans la case : «net à payer». Jamais. Octobre : 1 496 € à payer, 880 perçus. En novembre, avec les jours fériés et dimanches travaillés : 2 636 € à payer, 1 069 perçus.  »

Tiffany renchérit : «  On nous a fourni un descriptif des fiches de paye que personne ne comprend. Quand on va aux RH, on nous répond mal ou on nous endort avec un charabia que personne ne comprend. Ou alors on nous dit que la personne qui peut nous renseigner n’est pas là, qu’il faudra repasser. Ce n’est jamais le moment. En réalité, personne ne touche la même somme, alors qu’on fait tous les mêmes heures…  » Élodie, qui a été licenciée, compte et recompte ce que Primark lui doit encore. «  On est cinq dans mon cas et nous allons nous rapprocher des syndicats de la Bourse du travail pour avoir de l’aide.  »

Des défenseurs de l’enseigne aussi

«  Je trouve que ces témoignages ternissent l’image de Primark, défend Léa, étudiante en contrat de 8 h par semaine. Ils expriment surtout un ressentiment, celui d’avoir été renvoyés. On est plus de 400 vendeurs, c’est impossible que tous soient de cet avis.  » Elle défend son expérience personnelle : «  Je suis en caisse, de temps en temps en rayon, et ça se passe très bien. Certains superviseurs sont peut-être plus stressants que d’autres, mais tous ne parlent pas mal. Ils nous répètent régulièrement de nous dépêcher lorsqu’ils voient que nous relâchons la cadence. Mais j’ai aussi eu des encouragements et des réflexions bienveillantes  », nous confie-t-elle. Les conditions de travail ne sont «  pas abominables. Le travail est dur et éprouvant mais je ne pense pas qu’il existe des boulots reposants, certainement pas dans le commerce. Pleurer en rentrant à la maison, c’est aussi pour d’autres raisons, on supporte parfois moins bien les choses quand on est fatigué…  »

Sur Facebook, d’autres défenseurs s’expriment. Mathilde : «  J’y travaille et dire que c’est l’enfer est un mensonge ! Si tu fais ta part de boulot, y a pas de soucis. Après c’est sûr que si t’es mou du genou, t’auras des problèmes.  » Astrid : «  Pour avoir travaillé dans d’autres enseignes de prêt-à-porter, y compris haut de gamme, la marchandise ne va pas en rayon toute seule.  »