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Affaire Grégory: «Ce poids ne me quittera jamais», Muriel Bolle se confie dans un livre

TEMOIGNAGE Il y a 34 ans, elle avait accusé en garde à vue son beau-frère Bernard Laroche du rapt du petit Grégory, avant de se rétracter. Muriel Bolle sort de son silence dans un ouvrage…â

Murielle Bolle en 1993. — CHESNOT/SIPA

L’affaire Grégory « a brisé ma vie ». Trente-quatre ans après la garde à vue au cours de laquelle elle a accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé Grégory Villemin, Muriel Bolle se décide à parler, dans un livre justement intitulé Briser le Silence (Michel Lafon). Avant la sortie prévue le 8 novembre, elle s’est confiée dans une interview au Parisien.

Muriel Bolle dit avoir voulu écrire ce livre « pour dire que je ne suis pas celle que l’on dit, le monstre que l’on décrit ». Les 2 et 3 novembre 1984, la jeune fille alors âgée de 15 ans avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé Grégory, en sa présence. Avant de se rétracter en dénonçant la contrainte des gendarmes. Bernard Laroche avait été incarcéré puis relâché, avant d’être tué d’un coup de fusil par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de l’enfant, en 1985.

« Je porte la culpabilité de la mort » de Bernard Laroche

« On m’a fait passer pour une moins que rien, une menteuse, estime celle qui a aujourd’hui 49 ans. Ma famille a été tellement salie. » Elle sort de son silence aussi « pour la mémoire de Bernard » Laroche, dit-elle, car « on l’a fait passer pour un monstre ». « Je porte la culpabilité de sa mort, confie Muriel Bolle. Si je n’avais pas eu peur de la pression des gendarmes, de leurs menaces, et que je n’avais pas dit ce que j’avais dit, peut-être qu’il serait encore vivant. Ce poids ne me quittera jamais. »

« Depuis trente-quatre ans, tout le monde me juge : les gendarmes, la justice, les journalistes, les voisins, les passants… », lâche Muriel Bolle. Avec ce livre, elle dit espérer être entendue par sa sœur Marie-Ange Laroche – la veuve de Bernard – avec qui « ses relations n’ont plus jamais été les mêmes ». Ou par les enfants du couple, qui lui en veulent – « c’est compréhensible ». « J’espère qu’on va enfin me croire », lance-t-elle, comme un appel : « la justice, les parents de Grégory et l’opinion publique à laquelle j’ai été jetée en pâture. »

Ses codétenues la « traitaient de tueuse d’enfant »

Elle évoque aussi son « très dur » séjour en prison, après avoir été mise en examen pour le rapt mortel de l’enfant, dans un spectaculaire rebondissement en juin 2017, et ses codétenues qui la « traitaient de tueuse d’enfant ». « J’ai tenté de sortir une fois dans la cour mais j’ai reçu des projectiles. Je ne suis plus jamais ressortie. »

Pour tenter d’oublier cette affaire qui a « brisé [s]a vie », celle qui dit avoir « du mal à trouver du travail » aujourd’hui raconte qu’elle se promène en forêt, va aux champignons. « Ça me vide la tête ». Et « quand j’ai le blues, j’écoute du Johnny et je chante à tue-tête. C’est mon idole depuis que j’ai 10 ans, j’ai tous ses vinyles. »